Féodalité et Histoire

copiste

L'éducation au XIIe siècle

Chrétien de Troyes, est un auteur du XIIe siècle, qui s'identifie à ses héros, des chevaliers qui marchent dans un mode enchanté, un univers littéraire où l'émerveillement du monde se rattache aux sentiments amoureux.

Il nous a légué, en langue Romane, un français distinct du Latin ou des langues vernaculaires multiples, les prémices de la légende Arthurienne.

  • Érec et Énide, vers 1160-1164
  • Cligès, écrit vers 1176
  • le Chevalier de la charrette (Lancelot), 1177-1181,
  • le Chevalier au lion (Yvain), 1177-1181,
  • Le Conte du Graal ou Perceval le Gallois, 1180 ou plutôt vers 1190,

Dans l'introduction de Cligès, Chrétien indique qu'il est l'auteur de cinq autres œuvres antérieures à ses romans : quatre sont des adaptations d'Ovide en langue vernaculaire, dont une seule nous est parvenue ; la cinquième est une version de Tristan et Iseut.

Ces écrits, montre un homme de clergie, qui a reçu la formation d'un intellectuel et donc versé dans les arts libéraux.
Quelle était l'éducation des lettrés d'alors
?

La férule du maitre
Quelles écoles

Chrétien est un clerc (ce qui n'est pas alors nécessairement un religieux), celui qui est attaché au monde de l'église par le parcours scolaire, que l'on reçoit alors dans les écoles des monastères, puis de plus en plus fréquemment au cours du XIIe siècle dans les cathédrales urbaines.
A cette époque, le goût de la science s’échappe des murs des couvents et s’installe en ville. Les cathédrales urbaines se muent en lieu d’enseignement.

On y offre aux élèves non seulement l’accès à la théologie, mais aussi à la philosophie antique, aux connaissances médicales et mathématiques arabes. On y pratique aussi l'enseignement des arts libéraux.

Le clerc doit savoir la connaissance des anciens, en particulier des philosophes grecs, dont les oeuvres originales ne sont pas connues au XIIe siècle en occident. On se plonge dans l'étude de Saint-Augustin et des auteurs latins tardifs, comme Boèce, Macrobe et Martianus Capella. On étudie aussi les auteurs antiques, Virgile ou Cicéron. On considère que la philosophie Antique est indispensable aux connaissances des savants moderne mais aussi qu'elle éclaire en de nombreux points, la doctrine chrétienne.

Les écoles deviennent des « facultés d'art ». Après avoir passé quelques années à maîtriser la technique de l’écriture et les mystères de la langue latine, les étudiants, âgés d’une quinzaine d’années, entrent dans l’école des arts. Pendant cinq à six ans, la pédagogie s’organise en un double cursus. On apprend d’abord les arts du trivium, (grammaire, rhétorique, dialectique); puis ceux du quadrivium, arithmétique, géométrie, musique, astronomie. Chrétien, a suivi le cursus du trivium, de quinze à dix-huit ans, et sans doute celui du quadrivium, que l’on termine généralement autour de sa vingtième année.

Les « facultés d'arts » ou écoles d'arts libéraux permettaient de former de rares écoliers, en général de 14 à 20 ans, aptes ensuite à entrer comme étudiants dans les regroupements d'écoles supérieures au XIIe siècle devenus universités à partir du second tiers du XIIIe siècle, pour apprendre la médecine, le droit ou la théologie. Ce ne fut sans doute pas le cas de Chrétien, qui s'est rapidement consacré à la  translatio, traduction des oeuvres antiques comme son Ovide.

Ses premiers romans, se voudrons authentifiés car issues d'une source justifiée. Le genre romanesque est récent, rattaché à des choses futiles, aussi les auteurs veulent donner de la profondeur à leur oeuvre par la vérité de ses récits. Pour cela, le clec doit lire et donc fréquenter les bibliothèques. Auxquels cas, la riche bibliothèque de Saint-Etienne des contes de Champagne (Henri II le Libéral  fortement contribué à son développement) a dû être fréquentée assidûment par l'étudiant Chrétien.

Dans Cligès, il nous dit qu'il s'est inspiré d'un ouvrage consulté à la bibliothèque Saint-Pierre de Beauvais (v.24-26).

 

enseignement
femme enseignant la géométrie
enseignement musical
Geometrie seul

 

Hortus Deliciarum les arts libéraux 1159 a1175
Qui enseigne-t-on ?
 

Les arts libéraux désignent une grande part de la matière de l'enseignement concernant les lettres latines et les sciences des écoles de second niveau de l'Antiquité, qui se poursuit sous diverses formes au Moyen Âge.

Ce corpus d'enseignement est notamment généralisé en Europe occidentale médiévale par l'œuvre d'Alcuin, maître précepteur de la famille de Charlemagne et savant écolâtre responsable des réformes scolaires supérieures de l'empire carolingien, durant la période dite de la Renaissance carolingienne.

Les arts libéraux se divisent en deux degrés : le Trivium et le Quadrivium.

Le Trivium, désigné comme "arts de la parole" est un mot qui signifie les trois chemins ou « les trois voies ou matières d'études » en latin, concerne le « pouvoir de la langue » (expression, raisonnement, persuasion et séduction) et une première maîtrise des lettres. Il se divise en :

  • Grammaire,
  • Dialectique/logique
  • Rhétorique.

Le Quadrivium, désigne l'ensemble des quatre sciences mathématiques, soit les quatre chemins ou quatre voies au-delà du trivium, se rapporte au « pouvoir des nombres » et à une première maîtrise des sciences ou disciplines mathématisables. Il se compose de :

  • l'arithmétique,
  • la musique,
  • la géométrie,
  • l’astronomie.

Ils sont définis l'un et l'autre dans ces deux vers mnémotechniques :

 

 

« Gramm loquitur, Dia verba docet, Rhet verba colorat,
Mus canit, Ar numerat, Geo ponderat, Ast colit astra. »

 « La Grammaire parle, la Dialectique enseigne, la Rhétorique colore les mots,
La Musique chante, l'Arithmétique compte, la Géométrie pèse, l'Astronomie s'occupe des astres. »

Dans Erec, Chrétien place sur la robe bordée d'Enide, le Quadrivium (v. 6728-6729), se justifiant par un emprunt à Macrobe. Le clerc Chrétien en se référant à des oeuvres connues, veut davantage justifier l'authenticité de ses récits que faire étal de son savoir.